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Études6 min de lectureNicolas Menargues

IA au travail : ce que révèle l'étude OpinionWay pour Cegid

En juin 2026, un sondage OpinionWay pour Cegid a interrogé plus de 2 000 salariés de bureau en France, en Espagne, au Portugal et en Allemagne. Le constat pour la France est clair : l'IA est entrée dans les bureaux, mais elle y avance le plus souvent sans cadre, sans formation et sans mesure. Voici les chiffres qui comptent, et ce qu'ils disent aux dirigeants de petites entreprises.

1. Beaucoup l'ont essayée, peu en tirent vraiment parti

70 % des salariés de bureau français ont déjà utilisé une IA dans leur travail, soit 12 points de plus qu'en 2025. La progression est nette.

Mais seuls 25 % l'utilisent régulièrement ; les autres le font de temps en temps. La France reste en retrait de ses voisins : 82 % d'utilisateurs en Espagne (dont 40 % réguliers), 84 % au Portugal, 75 % en Allemagne.

2. Deux utilisateurs sur trois le font sans le dire

C'est le chiffre le plus frappant de l'étude. Parmi les salariés qui utilisent l'IA, 67 % déclarent se servir d'outils non proposés par leur employeur, sans l'en informer. C'est ce qu'on appelle le shadow AI, ou IA fantôme : des usages de l'IA que l'entreprise ne voit pas et ne maîtrise pas. Pour 22 %, c'est même régulier.

Ce n'est pas forcément de la mauvaise volonté : les salariés cherchent à gagner du temps avec les outils qu'ils connaissent. Mais pour l'entreprise, cela veut dire que des informations internes (devis, données clients, documents) peuvent circuler dans des outils qu'elle n'a ni choisis ni réglés.

3. Les entreprises forment peu, alors que les salariés sont demandeurs

Seules 37 % des entreprises ont mis en place des formations aux outils d'IA, selon leurs salariés.

Pourtant, quand une formation est proposée, 77 % des salariés concernés l'ont suivie, en totalité ou en partie. La demande existe : c'est l'offre qui manque.

4. Un sentiment partagé : curiosité, mais inquiétude en hausse

Quand ils pensent à l'IA dans leur métier, les salariés français ressentent d'abord de la curiosité (42 %), puis de l'inquiétude (35 %, en hausse de 4 points). Viennent ensuite la confiance (20 %), l'enthousiasme (17 %) et la peur (12 %).

L'écart se creuse entre ceux qui utilisent l'IA et les autres : chez les non-utilisateurs, 75 % expriment un ressenti négatif, contre 42 % chez les utilisateurs. La pratique rassure, et c'est tout l'intérêt d'une formation : passer de la curiosité, ou de l'inquiétude, à un usage maîtrisé. Dans mes formations, chacun repart avec un résultat concret, tiré de ses propres tâches, et c'est souvent à ce moment-là que l'appréhension tombe.

5. Le premier bénéfice : du temps

Le gain de temps arrive largement en tête des bénéfices cités (58 %), devant une meilleure organisation et moins d'erreurs (20 % chacun).

En moyenne, l'IA ferait gagner 3 heures par semaine aux salariés français, et 5 heures à ceux qui l'utilisent effectivement. C'est deux fois moins qu'en Espagne (6 heures en moyenne). Plus d'un salarié français sur quatre (26 %) ne constate aucun gain de temps. Quand l'IA ne fait pas gagner de temps, c'est souvent que son usage peut être amélioré : c'est précisément l'objet de mes formations.

Côté entreprise, 75 % des salariés français estiment que l'IA a un impact positif sur les résultats financiers. C'est le chiffre le plus bas des quatre pays (86 à 88 % ailleurs).

Ce que j'en retiens pour une petite entreprise

1. Le vrai risque, c'est l'usage caché. Si deux utilisateurs sur trois se débrouillent seuls, la question n'est plus de savoir si vos équipes utilisent l'IA, mais avec quels outils et quel niveau de sécurité. Choisir des outils, les régler et poser quelques règles simples protège bien mieux qu'un interdit que personne ne respecte.

2. Former, c'est transformer l'essai. L'écart entre la France et ses voisins tient moins à l'accès aux outils qu'à la pertinence de leur usage. Une formation courte et concrète, sur les tâches réelles de chacun, est le moyen le plus direct de passer de « j'ai essayé » à « je gagne du temps chaque semaine ».

3. Mesurer pour convaincre. Un quart des salariés ne voient aucun gain de temps. Avant de généraliser, mieux vaut mesurer : choisir une tâche, noter le temps qu'elle prend, automatiser, comparer. Un gain mesuré convainc bien plus qu'une promesse. C'est ce que permet le diagnostic IA : un chiffrage prudent du temps gagné, tâche par tâche.

Sources

Sondage OpinionWay pour Cegid, « Le moment de vérité de l'IA en entreprise », rapport d'étude, juin 2026. Enquête réalisée du 22 mai au 4 juin 2026 auprès de 2 006 salariés de bureau (France : 500 ; Espagne : 501 ; Portugal : 502 ; Allemagne : 503), échantillons représentatifs constitués selon la méthode des quotas, questionnaire auto-administré en ligne. Marge d'incertitude de 2,0 à 4,5 points pour un échantillon de 500 répondants.

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